Numéro 41 – Violette Leduc, l’affamée

contre-jour-hiver-2017-41

 

C’est l’impudeur de Violette Leduc que l’on retient. La matière hautement autobiographique de son œuvre, ses passages érotiques, souvent saphiques par-dessus le marché, la censure dont le manuscrit de Ravages a fait l’objet par Gallimard (la France de 1955 n’était apparemment pas prête pour sa description graphique d’un avortementLeduc n’étant pas connue pour lésiner pas sur les détails). Pourtant, dans son indécence, elle ne visait pas tant à provoquer qu’à transmettre sa douleur de vivre et sa soif intarissable de l’autre, éperdue dans sa grande « chasse à l’amour ». Cette œuvre personnelle est passée inaperçue à côté des grands noms de la littérature française, Leduc ayant été avalée par la renommée de ses frequentations — elle gravitait autour de Camus, Sarraute, Sartre, Genêt, Cocteau, et est restée longtemps tapie dans l’ombre de Simone de Beauvoir, qui l’avait élue comme sa pupille. En 2013, le film de Provost la remet au goût du jour en présentant une femme dans toute son unicité et sa sensibilité accrue. Leduc est soumise à tous les excès : excès d’amour, excès de douleur, excès d’une langue foisonnante, mais qui porte en même temps une attention minutieuse au quotidien, à la « petite musique [qui] commen[ce] dans la bouilloire » quand l’eau bout (Ravages), et à la finesse des sentiments — au moment de dire le nom de l’être cher, avec comme « dans [l]a bouche, la pudique amande dans l’écorce » (La folie en tête). Contre-jour invite ses collaborateurs à dialoguer avec cette œuvre douloureusement honnête, dans l’ambiance feutrée et intime qui est la sienne. Surprenez Thérèse et Isabelle dans leur couchette, ces adolescentes « affamées de présence », avec des « rumeurs de taffetas au creux des mains » ; retrouvez le père de la Bâtarde et vengez-la ; suivez Violette dans son pèlerinage en France, plein de « trésors à prendre » ; laissez-la vous parler de l’hiver, du « vent [qui] commet entre [s]a chemise et [s]a peau les prouesses du maître verrier » (L’affamée) ; allez la chercher dans son petit village de Faucon ou pleurer sur sa tombe. Mais aimez-la, du diable, aimez-la !

 

Sommaire du numéro 41

Le prix Contre-jour de l’essai littéraire ……………………………………………………..7

Mélinée Bardet, J’habite une petite partie de moi-même ……………………………….11

Marie Huot, Extraits de La Renouée, suivis d’extraits de Ma maison de Geronimo ………………………………………….17

Violette Leduc, l’affamée

Kiev Renaud, Apprivoiser l’affamée ………………………………………………….….33

Alexandre Antolin, Violette Leduc, lettres à Nathalie Sarraute ……………………..37

Pierre-Luc Landry et Valérie Mandia, Violette Leduc en vingt-deux fragments …………………………………………………………………….53

Anna Zerbib, Les oubliettes …………………………………………………………………..65

Sandrina Joseph, Lundi à Valenciennes …………………………………………………..73

Marie-Hélène Montpetit, La passion douloureuse ……………………………………..79

Amélie Paquet, La rue morte ne veut pas de moi ………………………………………..85

Vanessa Courville, Les noeuds du bois ………………………………………………………91

Anaïs Frantz, Violette Leduc ou la maladie de la vie …………………………………….97

Gabrielle Chevarier, L’impossible neutralité de Violette Leduc ……………………..109

Mikella Nicol, Fleur mauve …………………………………………………………………..115

Kaliane Ung, Menu fretin ……………………………………………………………………..119

Céline Maltère, La tombe …………………………………………………………………….123

Notes de lecture

Étienne Beaulieu lit

Le nid de pierres de Tristan Malavoy ………………………………………131

Jean-François Bourgeault lit Les passagers clandestins. Métaphores et trompe-l’oeil de l’économie 

de Ianik Marcil …………………………………………………………….…135

OEuvres visuelles

Yves Laroche