Numéro 43 – Les îlots de la pensée

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Depuis que l’ensemble des institutions postsecondaires ont emprunté à pleine vitesse et phares éteints le cul-de-sac de l’économie du savoir, elles ont du même coup travesti leurs fondements humanistes en folklore qu’il est de bon ton de faire ressortir de temps en temps lors de discours cérémonieux, par cynisme, hypocrisie ou déni. La production du savoir, dans un tel contexte, se traduit par une équation qui fait découler sa valeur d’une multiplication entre la quantité d’articles et de communications scientifiques et le prestige des revues savantes et conférences les ayant reçus. Le savoir semble ainsi s’être complètement détourné du registre qualitatif. C’est aussi un des facteurs qui contribuent à dissocier le savoir (qui produit un cumul de connaissances relevant trop souvent du secondaire, voire du carrément superflu) de la pensée (qui articule une compréhension du monde, une vision du monde, un être au monde ou une forme de vie). Pour paraphraser Alain Deneault, auteur de La médiocratie, la pensée devrait, à moins de se satisfaire de sa médiocrité, se rendre spirituellement pertinente, et c’est bien dans cette dimension spirituelle que nous situons la fracture entre le savoir et la pensée.

Contre-jour considère qu’il y a urgence de réfléchir à ce qui advient de la pensée dans cette économie du savoir qui ne rapporte à personne. La pensée, fluide, créatrice, nécessaire, trouve inévitablement de nouveaux lieux où se pratiquer, même aux époques les plus sombres. Quels sont ces îlots et ces communautés utopiques aujourd’hui? Comment esprit critique et élan existentiel se manifestent-ils dans une pensée qui consisterait encore à nous maintenir en relation avec une puissance, comme dirait Agamben, et quelles nouvelles formes de vie cherche-t-on à travers elle? Contre-jour, par le moyen de ce numéro, invite à réfléchir à ces îlots où survivent les naufragés spirituels de la pensée.

 

Sommaire du numéro 43:

Mark Strand, Onze poèmes tirés de Sleeping with One Eye Open

et de Reasons for Moving, traduits par Martin Labrosse ……………………………7

Mathieu Simoneau, De tout son poids de métal ………………………………………… 47

André Lamarre, Quelques éclipses …………………………………………………………..51

Virginie Savard, Intérieur …………………………………………………………………….63

Gabrielle Chevarier, La chute ……………………………………………………………….67

Les îlots de la pensée

Clara Dupuis-Morency, Sara Danièle Michaud et Catherine Lemieux,

Aveuglements ………………………………………………………………………………….77

Frédérique Bernier, Rêves d’une pensée ………………………………………………….9 7

Laurence Côté-Fournier, La préservation d’un lieu commun ……………………. 103

Taïka Baillargeon, Ce qu’il reste de nous, ou la pauvreté dans tous ses états …… 113

Mathilde Branthomme, Elles entrent ……………………………………………………. 119

Louise Warren, 17 silences. Résidence d’écriture à l’Abbaye Val Notre-Dame ….129

Kaliane Ung, Les yeux de Mozart …………………………………………………………. 1 3 5

David Valentine, Une corde entre les pages………………………………………………1 3 9

Note de lecture

Étienne Beaulieu lit La Bosco de Julie Mazzieri …………………………………………………………… 1 5 3

Oeuvres visuelles

Isabelle Leduc