Appels de textes 2015-2016

Le parti pris du dehors : nature writing au Québec

1er septembre 2015

Des lieux communs qui définissent l’Amérique, la nature est l’un des plus essentiels. Elle a pu symboliser toutes sortes de choses : virginité, immensité, liberté, éternité. Son évocation dramatise l’action civilisatrice des colons et des fondateurs. Les sociétés ont gagné depuis lors beaucoup de terrain, sabrant les vastes étendues des premiers temps. La nature demeure cela dit incontournable. À qui veut la voir, elle saute aux yeux. Ce n’est pas un hasard si un genre littéraire est rattaché à son influente présence : le nature writing. Grâce à un précurseur comme Henry David Thoreau, le genre est bien implanté dans la tradition anglo-saxonne. Au Québec, même si de nombreux écrivains se sont appliqués à « écrire la nature », cette tradition attend toujours les narrateurs qui lui donneront un sens. Peut-être ne sommes-nous pas tout à fait parvenus à oublier la signification idéologique autrefois assignée aux paysages de la Laurentie. Mais qui, quand le dehors se manifeste à lui, entend vraiment la voix de prêtre et de femme à la fois qui a touché Maria Chapdelaine ? C’est autre chose qu’ont perçu, décrit et relaté Marie Victorin, Robert Marteau, Pierre Morency, Robert Lalonde, Jean-Pierre Issenhuth et bien d’autres. Ce dossier invite à découvrir la nature telle qu’elle est appréciée par ceux qui en ont fait leur séjour privilégié, espace où les êtres et les choses éveillent des sentiments aussi profonds que simples : l’appartenance au monde, le miracle des apparences, la féerie du vivant, l’équanimité des choses, la symétrie de l’ordre et du désordre…

Ces livres qu’on ne lira jamais

1er novembre 2015

Tout lecteur doit un jour ou l’autre se rendre à l’évidence : il y a des livres qu’il ne lira jamais. Ces livres, on peut les traîner depuis des décennies dans des déménagements successifs sans pourtant les avoir ouverts une seule fois ; on peut les reluquer chaque fois qu’on fréquente la librairie sans jamais se résoudre à les acheter ; on peut aussi les chercher sans relâche et ne jamais les trouver, soit qu’ils sont des raretés pour lesquelles combattent les collectionneurs, soit qu’ils n’ont tout simplement jamais été écrits. Bien qu’ils ne nous apportent, à nous non-lecteur, aucune connaissance supplémentaire, les livres qu’on ne lira jamais peuplent néanmoins notre imaginaire, comme la route des Indes occupait celui des explorateurs, c’est-à-dire en tant que terra incognita et virtualité d’un savoir qui toujours se dérobe ou auquel on résiste. Devant ces étranges objets que sont les livres qu’on ne lira jamais, Contre-jour s’interroge : quelles sont les raisons qui nous poussent à conserver des livres qui n’ont d’autre utilité que d’accumuler de la poussière ? De quoi et comment parleraient les livres qu’on espère ? De quelles manières ces livres qu’on ne lira jamais forment tout de même des objets de connaissance qui offrent, sans même avoir besoin d’être lus, un savoir ? Et de quelle espèce est ce savoir ? Tant de questions, et si peu de temps pour y répondre, surtout pour le non-lecteur croulant sous l’insoutenable légèreté des pages peut-être blanches de livres qu’il n’a jamais tenus entre ses mains…

Anne Hébert en images

1er janvier 2016

Si Anne Hébert se définissait avant tout comme une poète, la réception qu’on a faite de ses romans dans les années 1970 et 1980 a peu à peu occulté cet aspect primordial de son écriture, dont l’intensité tient aussi bien à une redoutable pénétration sensible qu’à un arrière-plan symbolique et mythique, faits de noirceur et de lumière. À l’occasion du centenaire de la naissance de l’auteure, le temps est venu de rendre son dû au pouvoir de fascination de cette poésie, qui sait comme peu d’autres envoûter les lecteurs et lectrices, ramassant dans quelques vers toute la densité sémantique d’une image. Dans un texte de deux à quatre pages, les contributeurs et contributrices sont invités à s’inspirer de quelques vers, d’un rythme ou d’une image spécifique, pour rendre hommage, par affinité élective, au centre d’où rayonne la poésie d’Anne Hébert.

Nouveaux appels de textes : Gaetan Soucy, Mathieu Riboulet, Tanizaki et Palmarès inactuels

Gaétan Soucy

Date de tombée : 1er août 2014

 

Gaétan Soucy laisse une œuvre romanesque rare, forte en contrastes. La tragédie emboîte le pas à la comédie, le drame cède à la farce, l’innocence et la faute se contemplent en miroir, les frontières de l’onirisme et du réalisme se brouillent, le corps et l’âme correspondent. Se réinventant de roman en roman, l’écriture de Gaétan Soucy crée un  monde singulier et des personnages forts, non pacifiés, auxquels le lecteur croit sans venir à bout du mystère et de l’angoisse qui les anime ou les foudroie. On pourrait voir, dans cette œuvre, le souffle contrarié d’une irréductible assomption, une marche à l’amour toujours recommencée, le don de l’étrangeté dans le monde ici-bas. Elle continue son chemin auprès des lecteurs qui la connaissent, et frappe de plein fouet ceux qui, pour une première fois, s’y confrontent. À Contre-jour nous invitons les lecteurs à explorer cette œuvre de longue portée tant dans ses aspects les plus saisissants que dans la part insaisissable qu’elle comporte.


 

Mathieu Riboulet : le déhanchement et la grâce

Date de tombée : 1er novembre 2014

 

Bien sûr, les personnages de Mathieu Riboulet sont souvent affublés d’un déhanchement louche et de désirs obliques. Mais disons-le d’entrée : même s’il est question dans ces récits d’hommes qui aiment d’autres hommes, cette œuvre n’a rien à voir avec un matériau de choix pour Gay studies ou étude de cas homosexuels. La littérature s’y joue sur le mode d’une quête de grâce au détour de la violence ordinaire : un accident de moto culmine en vision divine dans Le corps des anges, le sacrifice de soi ne parvient pas à redonner vie aux morts de la purge du sida des années 1980 dans L’amant des morts et les enfants morts de Gabrielle ne reviendront pas à la vie dans Un sentiment océanique. Les récits exigeants de Mathieu Riboulet cherchent à se mesurer avec douceur à la force invisible qui leur donne voix et ouvrent un espace hanté par les figures de la mère, du père, des frères disparus, des amants défunts, des vieilles tantes courbées sur un lit d’hôpital, que découvrent avec ravissement tous ceux qui écoutent cette phrase sèche et précise raconter la solitude et l’errance.

 

Se reposer à l’ombre avec Tanizaki

Date de tombée : 1er janvier 2015

 

Comment résister à une méditation qui prendrait son élan dans le merveilleux texte de Jun’ichiro Tanizaki, Éloge de l’ombre ? L’essai invite à réfléchir à la tension entre obscurité et clarté, la même qui trace le contour de l’image négative en contre-jour. Dans son essai littéraire, Tanizaki réprouve le monde trop lumineux de l’Occident et célèbre la richesse de la pénombre, source d’ambiguïté et de relief. Les lieux crûment éclairés sont trop propres, sans mystère et sans histoire, ce pourquoi Tanizaki insiste sur la jouissance et le calme de l’obscurité suivant une esthétique du sabi : l’attrait pour la patine, les couches du temps se déposant sur les surfaces. Il ne s’agit cependant pas d’une exploration des frayeurs de la nuit et du sublime, mais plutôt de l’éclairage ambigu de la pénombre qui baigne un monde oriental et inactuel. Ce numéro sur Éloge de l’ombre se veut une occasion pour les écrivains de penser le monde sous cette lumière étrange et de tenter d’en saisir toute la portée pour notre époque à la fois sombre et trop éclairée.

Palmarès inactuels

Date de tombée : 1 mars 2015

 

On ne compte plus les déplorations chagrines, aujourd’hui, sur Internet comme royaume de l’égalité absolue.  L’humanité se serait donné avec ce nouveau territoire un lieu d’horizontalité où tout sombre dans l’indistinct, Platon jouant du coude avec Ti-Joe Connaissant, Ulysses de Joyce avec les mémoires auto-publiés de mononcle Armand, etc.  Mais on oublie, ce faisant, que le Web, en ses sites chronophages qui dévorent allègrement notre temps, c’est aussi souvent la hiérarchie à la portée des caniches… comme des chats, des automobiles, des dix meilleures recettes pour passer l’hiver, des cinq plus grandes humiliations de pseudo-cascadeurs enregistrées ou des cent hottest égéries de la planète. Contre-Jour suit toutes les tendances, surtout les plus stupides, et voudrait soumettre la grande Culture (injustement oubliée dans ces compilations) au test de la liste à laquelle succombent euphoriquement tant de nos contemporains.  Quelles sont les dix notes de bas de page les plus sulfureuses de l’histoire de la philosophie ? Les audaces grammaticales les plus discrètes de la tradition romanesque ?  Les métaphores sur la mer les plus saisissantes de la poésie occidentale ?  Les insultes les plus mémorables à avoir été crachées par des pamphlétaires ?  Éclairant de la lueur flageolante d’une lanterne les vieux siècles, les œuvres confidentielles, les ombres d’innombrables contenus boudés par les palmarès habituels, Contre-Jour mène l’enquête, envers et contre tout.

Lancement à la librairie Gallimard 2 novembre

Lancement et table ronde

Samedi 2 novembre, de 13h à 15h30

Librairie Gallimard,

3700, boul. Saint-Laurent, Montréal

Lancement des numéros 30 et 31 des Cahiers littéraires Contre-jour,

et table ronde autour du numéro 30 Manifestes,

qui marque les 10 ans de la revue.

Table ronde avec :

Guillaume Asselin, Sarah Rocheville et Marie-Pascale Huglo

La table ronde sera suivie d’un vin d’honneur.