Numéro 49: Yourcenar, mémoire du présent

Date de tombée: 1er avril 2019

 

Malgré une popularité certaine auprès d’un vaste lectorat, l’œuvre de Marguerite Yourcenar, romanesque autant qu’essayistique, continue d’être négligée par les historiens de la littérature, comme si elle s’était érigée en dehors des canons de la modernité — c’est là du moins le reproche qu’on lui adresse le plus souvent, ayant été jugée trop classique ou académique pour le XXe siècle. Alors que ses contemporains étaient plus occupés à déconstruire les genres, Yourcenar, loin des expérimentations formelles, s’est davantage attachée à préserver ce qui pouvait encore l’être d’une certaine forme d’humanisme, où l’Homme (n’ayons pas peur ici de la majuscule) est appelé à renoncer au vieux rêve prométhéen et à consentir aux formes de son destin. Inactuelle, l’œuvre yourcenarienne ne l’est pourtant qu’en apparence. Le détour par le mythe et les figures du passé, en partie responsable de son exclusion du panthéon littéraire moderne, s’offre en effet comme une réponse à la désubstantialisation de l’être et du monde au sein d’une modernité en perte vertigineuse de sens, alors quil actualise le désenchantement des temps présents. Aussi peut-on se demander, par-delà son académisme qui ne seyait pas au goût du jour, comment l’œuvre de Marguerite Yourcenar se présente comme une critique de la modernité mais surtout comment elle a fait de la crise de la transcendance le point pivot d’une pensée qui voit dans l’acquiescement à l’ordre des choses l’ultime victoire de l’homme sur lui-même.