Numéro 48: Soif de romanesque

Date de tombée : 1er décembre 2018

 

Une sorte de snobisme associe à tort le terme romanesque aux sentiments exaltés des mauvais lecteurs et aux intrigues sans queue ni tête, sentimentales à l’excès, d’une littérature commerciale et facile. Ce numéro de Contre-jour cernera cependant la vitalité et l’actualité de cette notion en y percevant, comme Robert Louis Stevenson à la fin du XIXe siècle, moins le dérivé d’une mauvaise pratique du roman que le moyen privilégié pour penser les formes de la vie.

Stevenson affirmait à cet égard le caractère universel, démocratique, de l’imagination « romanesque », en tant que celle-ci propose, aux lecteurs de tous âges, une multiplicité de formes, de gestes et de situations qui élargissent l’expérience du vécu. On peut ainsi voir en l’être romanesque celui qui choisit de « clore à demi les paupières pour se protéger de l’éblouissement et de la confusion de la réalité » (Essais sur l’art de la fiction), prenant plaisir à tituber entre le rêve et le réel. Mais il est aussi celui qui s’intéresse davantage aux diverses manières de vivre et d’envisager la vie qu’à toute considération factuelle ou tout tableau véridique du monde.

Plus largement, la pensée romanesque établit un pacte de fraternité entre l’écrivain et son lecteur, où se donne en partage l’expérience du vécu dans ses potentialités. Le romanesque devient dès lors l’un des sommets de l’art littéraire, offrant, certes, une simplification de cette réalité « monstrueuse, infinie, illogique, abrupte et poignante » dans laquelle nous sommes forcés de vivre, mais une simplification fructueuse, qui invente un mouvement et prend le parti du littéraire pour réfléchir à l’existence.