Numéro 44 Benoit Jutras : La pulsation tribale du monde

Benoit Jutras : La pulsation tribale du monde

1er août 2017

 

La violence qui s’exprime dans les poèmes de Benoit Jutras tient d’une tentative de vivre l’intensité là où elle se trouve. Depuis ses premiers recueils (Nous serons sans voix, 2002 ; L’étang noir, 2005), la voix brisée de Jutras s’énonce à partir d’un monde profondément fragmenté qui cherche dans les éclats éparpillés un reflet de quelque chose de supérieur, on n’ose dire d’une forme de transcendance tant cet univers poétique se compose avec des débris de poèmes qu’il serait étrange de ramener à ce qui nie le morcellement. Il n’est pas rare, toutefois, de lire dans ses recueils plus contemporains (L’année de la mule, 2007 ; ou encore Cour des miracles, 2013 ; et évidemment Outrenuit, 2014) un recyclage de thèmes empruntés au lexique religieux : la nuit noire familière à Jutras se change en une scène où se déroule un tout autre Golgotha, où s’énonce une prière somptueuse, où des apparitions et même des miracles transforment le visible en une puissance évocatoire qui appelle un autre monde à venir.