Numéro 47 : David Foster Wallace, l’écrivain à la foire

Date de tombée : 1er août 2018

 

« Pour pouvoir énoncer un diagnostic sur l’époque, écrivait le philosophe Peter Sloterdijk, il faut accepter d’être intoxiqué par elle. » Quiconque entre dans les œuvres de David Foster Wallace ne peut qu’être frappé par l’éventail de poisons contemporains dont elles font l’expérience. Des films de David Lynch à la « Sci-Fi Porn » de Terminator 2, des épiphanies religieuses offertes par le jeu tennistique de Roger Federer aux phrases médiocres de la biographie de Tracy Austin, du salon annuel de l’industrie du sexe à la foire redneck de l’État de l’Illinois, de la fatigue des ironistes en littérature à la misère des lecteurs qui n’arrivent plus à ressentir Dostoïevsky : tout, ou presque, semble aux yeux de Wallace suffisamment venimeux pour provoquer cette fièvre prolongée de la pensée dont l’essai, comme forme, prend allègrement la mesure. En présence d’une telle œuvre, sorte d’exposition universelle des curiosités de la fin du dernier siècle, le lecteur est appelé à se laisser lui-même corrompre par l’esprit qui y règne. Entrons donc sans répugnance dans la foire culturelle, à la suite d’un écrivain qui se méfiait tout autant des tentations de pureté ironique – je ne me confonds pas avec ça – que des invitations à se laisser dissoudre dans l’odeur de friture, jusqu’à l’indigestion.