Le prix Contre-jour de l’essai littéraire

 

La littérature québécoise actuelle vit quelque chose qui ressemble à un âge d’or. Oui, les librairies indépendantes ferment les unes après les autres, oui, les éditeurs ont une difficulté du diable à joindre les deux bouts, mais il faut malgré tout reconnaître la surprenante multiplicité d’œuvres importantes en cours et la stabilité relative d’un lectorat de plus en plus diversifié qui réussit à trouver ici et là l’histoire ou le poème qui donneront forme et voix à sa vie intime. Dans son dernier livre, Exercices d’amitié, Yvon Rivard salue cette pléthore de voix qui l’accompagnent et qui rendent le monde moins vide de sens et de substance. Ce livre donne une image assez juste de la situation, au-delà des problèmes que rencontrent toutes les littératures.

Cette étonnante vitalité de la littérature québécoise contemporaine touche aussi l’univers de l’essai littéraire, véritable richesse nationale, d’Arthur Buies à Jacques Brault en passant par Pierre Vadeboncœur. Mais ce genre méconnu dans lequel le Québec brille d’un intense éclat, au croisement des traditions européennes et américaines, demeure néanmoins cantonné à un espace très restreint pour plusieurs raisons. D’abord, par la confusion que crée le grand fourre-tout dans lequel on range le genre de l’essai en général (on se souvient du prix de l’essai, amalgamé au livre pratique, du Salon du livre de Montréal 2013 remporté par Ricardo et sa Mijoteuse).

Ensuite, parce qu’on met sur le même pied que l’essai littéraire des études et des analyses souvent de type universitaire. Toute la difficulté consiste à faire comprendre la dimension esthétique de la pensée que suppose l’essai littéraire. Non, l’essai littéraire n’est pas de la « philo molle », mais bien une œuvre d’art à part entière. Non, l’essai littéraire n’est pas un genre pour paresseux ou incompétents, incapables de se rendre jusqu’à la rigueur de l’analyse, mais bien une forme littéraire authentique qui mobilise les ressources imagières et linguistiques propres à la littérature pour exprimer de manière oblique une pensée qu’aucun concept ne saurait rendre avec justesse.

J’irais plus loin en disant que l’essai littéraire s’écrit contre toute forme de spécialisation ou d’expertise et qu’il constitue à ce titre le plus bel héritage de la Révolution tranquille, à tout le moins celui qui permet l’accès à la connaissance générale, touchant autant à l’art qu’à la société. La ligne du risque de Pierre Vadeboncœur a lancé à sa façon, au début des années soixante, une manière rigoureuse de parler avec vigueur et sans jargon qui a entraîné dans sa suite plusieurs générations d’écrivains ne se souciant aucunement de l’impossibilité de définir l’essai littéraire, mais sachant qu’on le reconnaît à son ton étrange, à la fois calme et incandescent. Le genre même de l’essai littéraire, si insaisissable soit-il, sous-entend malgré tout qu’il n’y a pas d’Être sans passage par des manières d’être, c’est-à-dire, tout bonnement, par des styles, chaque fois singuliers, qui tentent, grâce à l’instrument merveilleux de la prose, de donner sens à notre énigmatique présence.

C’est pour donner une visibilité nouvelle à ce genre si florissant au Québec et aussi pour encourager de nouvelles voix à le moduler que les cahiers littéraires Contre-jour lancent leur prix de l’essai littéraire, qui sera attribué sur une base bisannuelle par un jury indépendant. Le premier prix Contre- jour de l’essai littéraire sera donc attribué à l’automne 2018.

Étienne Beaulieu
pour le comité de rédaction

Numéro 43: Les îlots de la pensée, en librairie le 11 septembre 2017

 

Bonne rentrée à tous nos lecteurs!

Nous avons le plaisir de vous annoncer la sortie prochaine de notre nouveau numéro, «Les îlots de la pensée», dirigé par Sara Danièle Michaud.

Depuis que l’ensemble des institutions postsecondaires ont emprunté à pleine vitesse et phares éteints le cul-de-sac de l’économie du savoir, elles ont du même coup travesti leurs fondements humanistes en folklore qu’il est de bon ton de faire ressortir de temps en temps lors de discours cérémonieux, par cynisme, hypocrisie ou déni. La production du savoir, dans un tel contexte, se traduit par une équation qui fait découler sa valeur d’une multiplication entre la quantité d’articles et de communications scientifiques et le prestige des revues savantes et conférences les ayant reçus. Le savoir semble ainsi s’être complètement détourné du registre qualitatif. C’est aussi un des facteurs qui contribuent à dissocier le savoir (qui produit un cumul de connaissances relevant trop souvent du secondaire, voire du carrément superflu) de la pensée (qui articule une compréhension du monde, une vision du monde, un être au monde ou une forme de vie). Pour paraphraser Alain Deneault, auteur de La médiocratie, la pensée devrait, à moins de se satisfaire de sa médiocrité, se rendre spirituellement pertinente, et c’est bien dans cette dimension spirituelle que nous situons la fracture entre le savoir et la pensée.

Contre-jour considère qu’il y a urgence de réfléchir à ce qui advient de la pensée dans cette économie du savoir qui ne rapporte à personne. La pensée, fluide, créatrice, nécessaire, trouve inévitablement de nouveaux lieux où se pratiquer, même aux époques les plus sombres. Quels sont ces îlots et ces communautés utopiques aujourd’hui? Comment esprit critique et élan existentiel se manifestent-ils dans une pensée qui consisterait encore à nous maintenir en relation avec une puissance, comme dirait Agamben, et quelles nouvelles formes de vie cherche-t-on à travers elle? Contre-jour, par le moyen de ce numéro, invite à réfléchir à ces îlots où survivent les naufragés spirituels de la pensée.

Au sommaire:

- Mark Strand, Onze poèmes tirés de Sleeping with One Eye Open et de Reasons for Moving, traduits par Martin Labrosse
- Mathieu Simoneau, «De tout son poids de métal»
- André Lamarre, «Quelques éclipses»
- Virginie Savard, «Intérieur»
- Gabrielle Chevarier, «La chute»

Dossier «Les îlots de la pensée»:

- Clara Dupuis-Morency, Sara Danièle Michaud et Catherine Lemieux, «Aveuglements»
- Frédérique Bernier, «Rêves d’une pensée»
- Laurence Côté-Fournier, «La préservation d’un lieu commun»
- Taïka Baillargeon, «Ce qu’il reste de nous, ou la pauvreté dans tous ses états»
- Mathilde Branthomme, «Elles entrent»
- Louise Warren, «17 silences. Résidence d’écriture à l’Abbaye Val Notre-Dame»
- Kaliane Ung, «Les yeux de Mozart»
- David Valentine, «Une corde entre les pages»

Note de lecture: Étienne Beaulieu lit La Bosco de Julie Mazzieri

Œuvres visuelles: Isabelle Leduc

 En librairie le 11 septembre, ainsi que sur le site Les Libraires: https://www.leslibraires.ca/livres/contre-jour-t-43-les-ilots-9782981660312.html

Contre-jour maintenant disponible à New York!

De passage à New York? Passez vite faire un tour à la librairie Albertine pour vous procurer le dernier numéro de Contre-jour! Nous sommes très heureux de vous annoncer que la revue continue de voyager et qu’elle sera désormais disponible dans cette très belle librairie new-yorkaise.

Bonne lecture!

Librairie Albertine, 972 5th Avenue, New York

http://www.albertine.com

 

 

Avis à nos lecteurs européens!

Voici la liste de nos nouveaux points de vente, en France et en Suisse, pour vous procurer votre numéro de Contre-jour:

À LAUSANNE
-  Librairie Basta (Rue du Petit Rocher 4)

À PARIS
Librairie Tschann (125 Boulevard du Montparnasse)
- Librairie du Québec à Paris ( 30 Rue Gay-Lussac)
Librairie l’arbre à lettres(62 Rue du Faubourg Saint-Antoine)
Librairie Compagnie (58 Rue des Écoles)
- Librairie Violette And Co (102 rue de Charonne)

À TOULOUSE
Librairie Ombres Blanches (50 Carriera Gambetta)

 

En kiosque ! Numéro 42: Vivre, écrire, penser, enseigner

Tableau de Sean Rudman

Qu’est-ce que la recherche-création en lettres ? Qu’est-ce qui se cache derrière cette expression-valise un peu étrange? Contre-jour veut ici questionner la fertilité ou les tensions qui régissent les rapports entre la création littéraire, la réflexion intellectuelle ou l’enseignement et, de façon plus large, interroger la situation de l’écrivain, ébranlé par une dévalorisation de la culture et du rôle des humanités au sein d’une société de moins en moins humaniste. Comment concilier écriture, réflexion et enseignement dans ce contexte? Comment se met en œuvre la résistance de l’écriture au sein de l’institution et du politique aujourd’hui? Comment trouver au cœur du brouhaha généralisé de notre époque la chambre à soi qui permet la création? Ce numéro voudrait offrir un espace analogue à cette fameuse retraite active qui permet d’écrire et de lire, et de continuer à penser le monde dans lequel on vit?

Avec les textes de:
Dossier : Kateri Lemmens, Frédérique Bernier, Cassie Bérard, Vincent Lambert, Alain Beaulieu, Anne-Marie Desmeules, Catherine Morency
Hors-dossier : Thomas Mainguy, Anna Zerbib, Marie-Eve Fleury, Antonin Mireault-Plante

Les femmes à l’honneur à Contre-jour! Lancement: Anne Hébert et Violette Leduc

LES FEMMES À L’HONNEUR À CONTRE-JOUR!

L’équipe de Contre-jour est fière de vous inviter au lancement de nos deux derniers dossiers, le numéro 40 « Anne Hébert en images » et le numéro 41 « Violette Leduc: apprivoiser l’affamée ». Pour souligner ces parutions, nous organisons un bref spectacle littéraire tout en lumière à la librairie féministe L’Euguélionne (1426, rue Beaudry) le mardi 11 avril à 17h30.

Les responsables des deux numéros, Nathalie Watteyne, Vincent Lambert et Kiev Renaud, liront des extraits choisis des oeuvres d’Anne Hébert et de Violette Leduc. Quelques collaboratrices partageront leurs contributions : Véronique Cyr, Louise Dupré, Lori Saint-Martin, Sandrina Joseph, Amélie Paquet et Marie-Hélène Montpetit.

Le spectacle sera suivi du lancement du numéro 153 de la revue Moebius : https://www.facebook.com/events/267427503701367/.

Un vin d’honneur sera servi. Venez célébrer avec nous la vitalité des revues littéraires !