Appel de textes sur Violette Leduc, quelques semaines encore…

Violette Leduc, l’affamée

1er avril 2016

 

C’est l’impudeur de Violette Leduc que l’on retient. La matière hautement autobiographique de son œuvre, ses passages érotiques, souvent saphiques par-dessus le marché, la censure dont le manuscrit de Ravages a fait l’objet par Gallimard (la France de 1955 n’était apparemment pas prête pour sa description graphique d’un avortement, Leduc n’étant pas connue pour lésiner pas sur les détails). Pourtant, dans son indécence, elle ne visait pas tant à provoquer qu’à transmettre sa douleur de vivre et sa soif intarissable de l’autre, éperdue dans sa grande « chasse à l’amour ». Cette œuvre personnelle est passée inaperçue à côté des grands noms de la littérature française, Leduc ayant été avalée par la renommée de ses frequentations — elle gravitait autour de Camus, Sarraute, Sartre, Genêt, Cocteau, et est restée longtemps tapie dans l’ombre de Simone de Beauvoir, qui l’avait élue comme sa pupille. En 2013, le film de Provost la remet au goût du jour en présentant une femme dans toute son unicité et sa sensibilité accrue. Leduc est soumise à tous les excès : excès d’amour, excès de douleur, excès d’une langue foisonnante, mais qui porte en même temps une attention minutieuse au quotidien, à la « petite musique [qui] commen[ce] dans la bouilloire » quand l’eau bout (Ravages), et à la finesse des sentiments — au moment de dire le nom de l’être cher, avec comme « dans [l]a bouche, la pudique amande dans l’écorce » (La folie en tête). Contre-jour invite ses collaborateurs à dialoguer avec cette œuvre douloureusement honnête, dans l’ambiance feutrée et intime qui est la sienne. Surprenez Thérèse et Isabelle dans leur couchette, ces adolescentes « affamées de présence », avec des « rumeurs de taffetas au creux des mains » ; retrouvez le père de la Bâtarde et vengez-la ; suivez Violette dans son pèlerinage en France, plein de « trésors à prendre » ; laissez-la vous parler de l’hiver, du « vent [qui] commet entre [s]a chemise et [s]a peau les prouesses du maître verrier » (L’affamée) ; allez la chercher dans son petit village de Faucon ou pleurer sur sa tombe. Mais aimez-la, du diable, aimez-la !

Erratum

 

Une image de Rodolphe Duguay a malencontreusement été imprimée à l’envers dans notre dernier numéro. La voici telle qu’elle aurait dû apparaître.

 

Rodolphe Duguay, Arbre, 11 janvier 1939, lavis sur papier, 11,5 x 10 cm, collection Paul Bennett.

« Nature writing » au Québec bientôt en librairie : le numéro 38 est en impression, avec des toiles de Rodolphe Duguay et des textes magnifiques portant sur l’écologie et la littérature.
Il y a aussi une offre que vous ne pouvez pas manquer, spécial quinzième anniversaire de Contre-jour :
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Violette Leduc, l’affamée

Date de tombée : 1er avril 2016

 

C’est l’impudeur de Violette Leduc que l’on retient. La matière hautement autobiographique de son œuvre, ses passages érotiques, souvent saphiques par-dessus le marché, la censure dont le manuscrit de Ravages a fait l’objet par Gallimard (la France de 1955 n’était apparemment pas prête pour sa description graphique d’un avortement, Leduc n’étant pas connue pour lésiner pas sur les détails). Pourtant, dans son indécence, elle ne visait pas tant à provoquer qu’à transmettre sa douleur de vivre et sa soif intarissable de l’autre, éperdue dans sa grande « chasse à l’amour ». Cette œuvre personnelle est passée inaperçue à côté des grands noms de la littérature française, Leduc ayant été avalée par la renommée de ses fréquentations – elle gravitait autour de  Camus, Sarraute, Sartre, Genêt, Cocteau, et est restée longtemps tapie dans l’ombre de Simone de Beauvoir, qui l’avait élue comme sa pupille. En 2013, le film de Provost la remet au goût du jour en présentant une femme dans toute son unicité et sa sensibilité accrue. Leduc est soumise à tous les excès : excès d’amour, excès de douleur, excès d’une langue foisonnante, mais qui porte en même temps une attention minutieuse au quotidien, à la « petite musique [qui] commen[ce] dans la bouilloire » quand l’eau bout (Ravages), et à la finesse des sentiments – au moment de dire le nom de l’être cher, avec comme « dans [l]a bouche, la pudique amande dans l’écorce » (La folie en tête). Contre-jour invite ses collaborateurs à dialoguer avec cette œuvre douloureusement honnête, dans l’ambiance feutrée et intime qui est la sienne. Surprenez Thérèse et Isabelle dans leur couchette, ces adolescentes « affamées de présence », avec des « rumeurs de taffetas au creux des mains »; retrouvez le père de la Bâtarde et vengez-la; suivez Violette dans son pèlerinage en France, plein de « trésors à prendre »; laissez-la vous parler de l’hiver, du « vent [qui] commet entre [s]a chemise et [s]a peau les prouesses du maître verrier » (L’affamée); allez la chercher dans son petit village de Faucon ou pleurer sur sa tombe. Mais aimez-la, du diable, aimez-la !